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CERTAINS ENJEUX DU DÉPISTAGE GÉNÉTIQUE
Quelques éléments de réflexion sur certaines questions éthiques soulevées par le dépistage
génétique de porteurs. (notes en vue de la rencontre avec les associations de parents et CORAMH du 22/04/02)1. L'eugénisme (sélection des "meilleurs") Les connaissances et techniques nouvelles rendent possible la sélection d'enfants à naître. Questions : c'est quoi la " normalité " et quels devraient être les critères de cette sélection ? qui doit décider si ou quand une vie humaine ne mérite pas d'être vécue ? Risque de pente glissante : la sélection génétique peut ne viser, dans un premier temps, que les maladies les plus débilitantes (notons d'ailleurs que les cinq maladies récessives régionales ne le sont pas toutes au même degré) - on parle alors d'eugénisme négatif - puis s'étendre à la prévention à des maladies ou anomalies de moins en moins sérieuses pour terminer par le choix des traits jugés désirables, l'enfant à la carte - autrement dit, un eugénisme positif. Ce glissement n'est pas fatal, mais il est sûrement dans l'horizon alors que la société n'a pas encore de réflexion à ce sujet. 2. L'autonomie (le droit ou non de savoir), la vie privée, la confidentialité, les risques de discrimination.
Nous distinguons offre de test (dépistage restreint visant des individus/familles susceptibles, par exemple, dans l'approche familiale en cascade) de programme de dépistage (qui vise des populations ou des groupes asymptomatiques indépendamment de leur histoire familiale). 3. Les assurances
Les compagnies d'assurance existent pour faire du profit et en assurant des personnes, elles procèdent à des discriminations - ce qui est permis par la loi. 4. Impact sur les perceptions sociales (préjugés, stigmatisation)
C'est non seulement la population du SLSJ qui connaît une prévalence de certaines maladies génétiques, mais la population de descendance canadienne-française en général, d'où l'intérêt de ces populations pour la recherche en génétique. Cependant, la région du SLSJ est celle des projets-pilotes, d'où sa vulnérabilité plus grande aux préjugés (sur les "tarés") et à la stigmatisation.
5. Coûts sociaux
Au plan des priorités en santé publique (ce qui ne signifie pas la non reconnaissance des problèmes individuels et familiaux engendrés par certaines maladies génétiques), comment se justifieraient les coûts d'un programme de dépistage de maladies génétiques par rapport aux autres problèmes (malnutrition, pauvreté, violence) reliés à la santé des femmes et des enfants au Québec ? Il n'y a pas que le coût des tests, mais celui de tous les services de consultation et de suivi qui devront être offerts, et la formation des personnels à cette fin. 6. La responsabilité sociale d'un programme de dépistage
Toutes ces questions concernent non seulement les cliniciens, les familles à risque et la population régionale, mais celle du Québec entier. Il y a des risques de dérapage, des valeurs personnelles et sociales qui sont en cause, des enjeux de société suffisants pour mériter un large débat public avant toute action d'envergure dépassant l'approche familiale en cascade. L'État a un rôle particulièrement important à jouer car le cadre législatif actuel est insuffisant pour protéger les citoyens québécois. Voir à ce sujet le rapport du Conseil de la santé et du bien-être du Québec La santé et le bien-être à l'ère de l'information génétique publié en septembre dernier et disponible sur Internet (version résumée) à : http://www.msss.gouv.qc.ca/csbe/fr/04_publi/index.shtml#avis
Divers articles intéressants concernant la génétique, le dépistage, l'implication des citoyens, etc. disponibles sur le site de l'Observatoire de la génétique, à l'adresse Internet : http://www.ircm.qc.ca/bioethique/obsgenetique/index.html
Groupe d'éthique appliquée du Collège de Chicoutimi
Jean-Noël Ringuet et
Hugues Bouchard
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